Marie Cholette, poète, romancière, nouvelliste
Le petit garçon en fauteuil roulant et le joueur de flûte

Il est en fauteuil roulant

un fauteuil qui roule avec peine

à la seule force des petites mains

le fauteuil se désarticule

il n’en a plus pour longtemps

le jeune garçon a un corps frêle

rempli de trous dans son vêtement de muscles

et de tendons

ce sont les neurones plus haut

du moins quelques-uns

des marionnettistes

qui font défaut

dépourvus d’influx nerveux

et l’empêchent de marcher

de se déplacer correctement

en soulevant une après l’autre ses jambes

et puis ses pieds

mais ce jeune-là a le visage souriant

des yeux illuminés surplombés de longs cils

que lui tracent par leurs va-et-vient incessants

des goélands à manteau noir

ces yeux d’un brun assourdissant

sortent d’une boîte à surprise

qui est celle de l’enfance

il a ce magicien naturel

tout ce qu’il lui faut pour se confectionner

des ailes et des cerfs-volants

il est en train avec le musicien

le joueur de flûte

de s’envoler dans les airs joyeux

d’une partition de musique

© Marie Cholette – Québec. Le 7 avril 2013. Tous droits réservés.

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Des paroles s’unissent à tire d’aile à tire d’eux et d’elles

Apprendre des femmes aidantes
auprès des exciseuses de leurs pays
comment pas à pas
mot à mot
regard à regard
geste à geste
elles réussissent patiemment
à retrouver gisant en leurs vis-à-vis
la petite fille mutilée 
qui ne s’est jamais relevée
et à qui elles tendent la main
les yeux cassés de l’enfant
à volets en bois grisâtres
laissant s’écouler à l’extérieur
toute la pluie du monde
tout le sable 
toute la sécheresse des déserts
du monde

apprendre comment elles ont brisé le moule d’argile 
une fois pour toutes en cette petite-là
celle qui est prostrée en chacune des exciseuses
afin que d’autres enfants échappent 
à cette production en série
tachée à jamais de sang
où la marche ne se fait
que les jambes écartées
où la femme ne se fait
que l’absence d’une silhouette
féminine épanouie
en l’orgasme du plaisir renouvelé
de chacun de ses sens

vouloir mettre des noms et des visages
donner un plancher où déposer leurs pieds
des passeports et une identité
un travail 
un pays
à ces femmes souterraines
au corps noirci 
par ceux qui en exploitent
le minerai sexuel
sans merci 
je parle des victimes du trafic humain

savoir la vie qui s’érode 
des femmes temps-partiel à temps complet
les vies mécaniques des femmes non robotisées
au travail et
auprès de leurs bébés
qui exécutent aussi le ménage
et qui s’arrêtent souvent dans leurs mouvements
victimes d’un manque de nouvelles piles neuronales

savoir les prisons à haute sécurité doctrinale
des femmes
subissant les gardiens 
des hijabs des tchadors des niqabs des burqas
subissant les jeteurs d’acide sur leur visage
les lapideurs
les violeurs
les destructeurs des écoles des filles

le féminicide a assez duré
où sont les tribunaux internationaux
pour juger les responsables qui se baladent
les mains dans les poches
en toute impunité
ces responsables 
de ces mises en morceaux des femmes
qui marchent avec leur seul corps
leur esprit étant brisé
leur tête reposant cassée sur une épaule
comme des jouets massacrés
ou qui marchent avec leur esprit
à la recherche des pièces manquantes
de leur corps
ou qui déambulent dans la nuit 
indistinctes telles des fantômes
pour réclamer justice

mais des voix reliées
souterraines
ont trouvé le chemin de la surface craquelée 
de leur sol corporel
et sortent en geysers

des paroles s’unissent à tire d’aile 
à tire d’eux et d’elles
dans le ciel de l’espoir
© Marie Cholette – Québec. Le 6 mars 2013. Tous droits réservés. 

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(René Magritte, La promesse)

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Dis-moi de t’embrasser tant que je le voudrai

«DIS-MOI DE T’EMBRASSER TANT QUE JE LE VOUDRAI»
Embrasse-moi tant que tu le voudras
je te couvrirai de baisers
comme je foulerai de mes pas
chaque pouce de terrain
de ta Provence
chacune de tes collines
sans rien oublier

embrasse-moi tant que tu le voudras
les nuits mettront la pleine lune
à leurs lobes d’oreilles
des robes en voiles de voie lactée
translucides porteront
pour que nous nous allions nues
à la poursuite l’une de l’autre
à quatre pattes et langoureuses
d’étoile en étoile

dis-moi de t’embrasser tant que je le voudrai
et je te sèmerai le corps de tout l’espace
d’un champ de blé ondoyant sous la brise
et encore plus que Vertumne enlacé par Pomone
je cèderai au lourd poids de l’amour et du désir

dis-moi de t’embrasser tant que je le voudrai
et je te fleurirai de brassées parfumées de mimosas 
de gentianes bleues comme tes yeux
de coquelicots et de lavande 
et ton corps et ton âme je ne pourrai jamais les quitter
© Marie Cholette – Québec. Le 7 février 2013. Tous droits réservés.
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(CAMILLE CLAUDEL, Vertumne et Pomone, 1886)

 

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(CAMILLE CLAUDEL, Vertumne et Pomone, 1886)

Un espace de lumière sur les pierres de l’espace nocturne

Sous la lune ronde

un jet de lumière
tel une cascade
descendue par degrés
du ciel bleu
étincelle mouvance
sur les pierres reluisantes
de l’espace nocturne

cette lumière
je l’entends chuchoter
avec les pierres
elles se disent sûrement
des secrets

plus bas dans un champ
des cœurs humains battent 
rouge flamme dans des chandeliers 
que la lune telle une fée a allumés
et pas un ne doit s’éteindre

serez-vous là avec moi
et la lune
tels des flammes jumelles
pour se relayer à tour de rôle 
à leurs côtés
et les veiller 
jusqu’à la fin du monde
© Marie Cholette – Québec. Le 9 février 2013. Tous droits réservés.
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L’écho répercuté du gong frappé du fleuve Saint-Laurent

Ai-je assez agrandi 

mon espace intérieur
comme la vague qui répercute
sur le sable
l’écho lointain du gong frappé
du fleuve
afin qu’il me soit possible
d’y faire des lâchers de mésanges
et de m’envoler au large du ciel
très loin avec elles
pour te retrouver
mon amour
© Marie Cholette – Québec. Le 8 février 2013. Tous droits réservés.
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Le soleil resplendit jaune au midi de ta personne

Je vois ton corps liquide

avancer au ralenti vers moi
empreint de légèreté
et dont la fluidité sans barrière
permet aux poissons de toutes couleurs
de franchir ta peau et de nager
dans le fleuve de tes cuisses 
de tes jambes de tes bras
et de tes pieds

des bancs d’éperlans frétillent 
en ton ventre
et se déplacent rapidement
suivis au-dessus d’eux
presqu’à la surface
de goélands à manteau noir 
plongeant pour les attraper
entre leur bec
et quand ils remontent dans les airs
avec leur prise
en arrondissant
leurs ailes dans le vent
ce sont tes seins merveilleux
qui soudain apparaissent
si vivants 
devant le ravissement de mes yeux

le soleil resplendit
jaune 
au midi de ta personne
et les nuages blancs et gris 
te font une si belle chevelure
éclairant ta majesté corporelle
intensément bleue

mais ce sont tes yeux si bleus
qui me retiennent captive
tes yeux qui se plissent
et ta bouche rouge qui s’entrouvre
découvrant d’adorables fossettes
au creux de tes joues
et un sourire qui m’offre
en un collier que tu as monté
toutes les perles de ta tendresse
© Marie Cholette – Québec. Le 14 février 2013. Tous droits réservés.
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(La Naissance de Vénus, oeuvre de Sandro Boticelli, 1485, Galerie des Offices, Florence).

 

Le ressac m’accompagne à l’instrument de l’écho

Près du fleuve j’ai cherché la tranquillité
et le blizzard s’amusait à me décoiffer
le ressac accompagnait à l’instrument
de l’écho
mes pensées si évanescentes
dans le sable de mon cerveau
qu’on avait peine à imaginer
leur stature même vaporeuse

au sous-sol de mon être
pendant que je marchais
étaient remisés
tant de mes souvenirs heureux
que je n’avais pas pris la peine
de dépoussiérer
de leur couche du passé
ou de l’oubli

j’ai égaré des souvenirs
dans les coins de fanchon 
de ma mémoire 
des souvenirs de nous
mon amour
de ton regard 
suivant avec attention
un voilier au Vieux-Port 

comment dessiner une esquisse
de toi
si des liens manquent entre
tes regards et tes yeux
et ce sur quoi ils se posaient
entre ta démarche 
et les espaces auxquels 
elle appartenait
et qui lui donnaient 
leur ressemblance

j’ai besoin d’un second présent
de nous-deux
afin de faire renaître 
d’anciens souvenirs
et pour que nous en portions
d’autres en nos ventres 

j’ai besoin surtout d’assister
au début du monde
de mes mains qui prendront
les tiennes
et les porteront contre ma joue
© Marie Cholette – Québec. Le 13 février 2013. Tous droits réservés.
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(SARAH LEEN, Le masque, 2001)

 

TU ES TOUS MES NOCTURNES DE CHOPIN

Tu es tous mes nocturnes de Chopin
lorsque tu vas le long de la plage
tes pieds fouissant lentement dans le sable
et tes lèvres à peine appuyées l’une contre l’autre 
on dirait prêtes à tout moment à répondre 
au roulis qui de vaguelette en vaguelette se lie
à l’espace qui joue à l’arrière-plan une caisse de résonance


je te vois déambuler et jusqu’au bord de l’eau aller
pour faire revoler au-dessus de tes pieds
les liquides clartés
et d’un rire enfantin les embrasser

il n’y a que le pudique rai lumineux de la lune
pour recouvrir ton corps
et le fleuve Saint-Laurent te fixe d’un regard qui brasille
en te suivant religieusement pas à pas
le long de toi qui n’en finis pas

tes seins lorsque tu avances 
y vont d’un magnifique rebondi
la pointe de la lune éclairant tes tétons durcis
et moi je te dis que je n’aurai jamais assez 
de yeux pour sur ta beauté les porter
toi qui es tous mes nocturnes de Chopin
de tes chairs laiteuses tu m’offres
le palais des Mille et une Nuits

mes mains ne sauraient te toucher
à caresser fiévreusement le palais de tes auras charnelles
qui me tiennent à distance
puisque comme une pickpocket
je déroberais ta sensuelle démarche
et chacune des amphores précieuses
de ta silhouette

donne-moi mon amour un court instant 
le privilège du vent 
de se perdre dans tes cheveux
© Marie Cholette – Québec. Le 23 novembre 2012. Tous droits réservés. 
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Cette glaise qui a serti en grande joaillière tes chevilles

De quel sortilège devrais-je être l’élue

pour devenir entre tes orteils qui calent à marée basse
cette glaise qui en embrasse les moindres contours
cette glaise qui sertit en grand joaillier 
tes si fines chevilles 

comment éprouver 

cet émoi qui a fait battre tes narines 
à l’arrivée imprévue marquée d’incivilité
d’une bouffée d’air marin 
alors que la fenêtre à battants 
n’a pas su la retenir

et ces salutations prolongées
des caboteurs des Desgagnés
faites à hauteur du village
pour saluer la parenté
comment les éprouver 
alors que tu les écoutais charmée
la parole en déroute

à la campagne en Charlevoix
chacun de mes souvenirs avec toi
est imprégné tel de l’encre sur le papier buvard 
de nos jours passés ensemble

je te détaille du regard
et je prends le poids 
de mon désir
toi mon amour
plus grande que nature
qui avoisine la vallée des Reines 
et dont chaque pixel d’être
m’échappe encore

tes yeux si beaux si grands
à hauteur de nébuleuse 
et ta chevelure au vent 
a cette blanche légèreté
du nuage de Magellan
© Marie Cholette – Québec. Le 24 novembre 2012. Tous droits réservés.
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(L’AUBERBE DE LA GRAND VOILE À KAMOURASKA, PHOTO DE CHRISTIAN BÉGIN)